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Enez Sun Île de Sein, Finistère — mars 2022

L’île de Sein, située au large du Finistère Sud, est grande d’un kilomètre carré environ. Soixante-dix personnes y vivent à l’année. Haute d’à peine quelques mètres, l’île est régulièrement assaillie par les tempêtes et les digues commencent à s’effondrer. Elle sera parmi les premières îles à disparaître avec la montée des eaux. Les Sénans s’y accrocheront jusqu’au dernier moment.

Principalement connue pour son histoire liée à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, l’île de Sein a été de nombreuses fois documentée par le passé pour ses tempêtes, ses femmes à qui revient la gestion de l’île, ses pêcheurs, les différents aspects de la vie insulaire et les mythes qui l’entourent.

Aujourd’hui la pêche est en grande partie terminée et la plupart des jeunes ont déserté l’île, mais Sein reste surprenante. Elle accueille depuis mars 2022 cinq réfugiées ukrainiennes, à la suite de l’invasion russe. De prime abord intéressés par l’île et son histoire, nous nous sommes finalement attardés sur la présence de ces exilées, arrivées le même jour que nous.

Cette série aborde notre rencontre avec elles, le caractère improbable et compliqué de la situation, sa charge symbolique résonnant avec l’histoire de l’île. Nous avons tenté de construire un double récit : celui de l’île de Sein, racontée à travers leurs yeux, et, dans un même mouvement, les échos de leur histoire avec l’île elle-même.

Dans ce récit porté et construit par l’île, la guerre, la fuite, l’Ukraine, l’installation et la vie insulaire se mélangent dans un seul bloc narratif, afin de fabriquer une représentation singulière d’une des conséquences de la guerre : quitter là d’où l’on vient.

Série réalisée avec Quentin Fagart — projection aux Photographiques du Mans, 2023